Accueil > Actualité, Nouvelle gauche > De qui se moque Sarkozy ?

De qui se moque Sarkozy ?

Mesdames, Messieurs, le Pestacle recommence !

Mardi soir, à Nîmes, pour lancer la campagne européenne de l’UMP, Nicolas Sarkozy a repris l’hymne à “l’Europe-qui-protège”, entonné déjà avec succès pendant la campagne présidentielle de 2007.

Souvenez-vous, le 6 mai 2007, au soir de son élection, avant de rejoindre ses amis au Fouquet’s, Nicolas Sarkozy s’adressait à la foule : “Je conjure nos partenaires européens d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés, affirmait-il avec des trémolos dans la voix. Je les conjure de ne pas rester sourds à la colère des peuples.”

Il voulait un changement radical des politiques européennes et personne ne le détournerait de cet objectif ! Deux ans après, le discours n’a pas changé.  Après tout, me direz-vous, Jacques Chirac a tenu pendant 12 ans le même discours sur la fracture sociale, sans rien faire de concret pour réduire cette “fracture sociale”. Pourquoi Nicolas Sarkozy ne pourrait-il pas tenir 5 ans le même discours sur “l’Europe qui protège”, sans rien faire lui non plus ?

Oui, c’est vrai. Rien n’empêche Sarkozy d’utiliser les mêmes grosses ficelles que Jacques Chirac. Mais ça énerve. Ça énerve de plus en plus ! Hier, dans le métro, je regrettais de n’avoir pas sur moi une caméra pour filmer la colère d’un voyageur qui prenait à partie sa voisine et -à travers elle- le monde entier : « L’Europe qui protège. L’Europe qui protège… Mais ils se foutent de notre gueule ! Ça fait 20 ans qu’ils nous parlent de l’Europe qui protège, et ils ne font rien. »

Certes, Sarkozy n’est pas le seul responsable. Il n’est à l’Elysée que depuis deux ans. Mais qu’a-t-il fait depuis deux ans ? Durant ces deux années, il a eu la chance de négocier un nouveau Traité et de présider l’Union européenne pendant 6 mois.

Qu’a-t-il fait de ces deux années ?

« Je voulais changer l’Europe. C’est l’Europe qui m’a changé », avouait-il à la fin des six mois de sa présidence européenne. Venant d’un homme peu habitué à faire preuve de modestie, ce constat d’échec a quelque chose de touchant. Mais ce constat sonne faux car il donne l’impression que Nicolas Sarkozy a mis toute son énergie pour construire une Europe plus humaine et que des forces de résistance terriblement puissantes (les autres chefs d’Etat ?) l’ont empêché d’y parvenir.

Cette vision que veut faire partager le Président de la République ne correspond absolument pas à la réalité !

Souvenez-vous : le 24 mars 2007, quand tous les Chefs d’état se retrouvaient à Berlin pour fêter les 50 ans du traité de Rome, Angela Merkel affirmait qu’il fallait “négocier un protocole social” et, le même jour, le Président du Conseil italien, Romano Prodi, expliquait dans Le Monde qu’il fallait “ajouter un chapitre social au traité en négociation”.

En mars 2004 (il était alors Président de la Commission européenne), Romano Prodi nous avait reçu à Bruxelles et avait publiquement soutenu le projet de Traité de l’Europe sociale que nous avions rédigé, avec le soutien de 400 personnalités issues de 9 pays de l’Union.

Prodi

Ce projet de Traité de l’Europe sociale était soutenu aussi bien par des figures de gauche (Jacques Delors, José Bové, Enrique Baron Crespo ou Bruno Trentin, le leader des syndicats italiens) que par des figures de la droite humaniste, comme le Polonais Bronislaw Geremek.

Le 18 janvier 2006, devant le Parlement européen, le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel insistait sur l’urgence qu’il y avait à lutter contre le dumping fiscal européen. Le leader de la droite autrichienne proposait de donner à l’Europe des ressources propres en créant un impôt européen (un tel impôt donnerait aussi de nouvelles marges de manœuvre financières aux Etats membres si ils ne sont plus obligés d’alimenter le budget européen avec des ressources issues de leurs budgets nationaux).

Angela Merkel, Romano Prodi et Bronislaw Geremek qui demandent un traité social. Wolfgang Schüssel qui propose de créer un impôt européen (impôt non pas sur les personnes mais sur les bénéfices, le CO2 ou les échanges monétaires)…Quand Nicolas Sarkozy arrive à l’Elysée en mai 2007, on ne peut pas dire que nos partenaires étaient opposés à une réflexion sur le fond des politiques européennes. Quant à la négociation du nouveau traité constitutionnel, il était prévu qu’elle dure jusqu’à la mi-2009. Alors pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il voulu boucler aussi vite la négociation, en négligeant totalement les questions économiques, sociales et monétaires ?

De guerre lasse, les autres dirigeants européens ont laissé faire, comme ils avaient laissé faire au Sommet de Nice quand les dirigeants français refusaient d’étudier les propositions de refondation démocratique de l’Europe mises en avant par Joschka Fischer.

“Assez pensé !” La maxime qui guide l’action de Christine Lagarde à Bercy semble être aussi celle de l’Elysée en matière européenne. Assez pensé ! D’abord, on boucle la négociation. Et ensuite, on demande la création d’un groupe chargé de réfléchir aux évolutions nécessaires, à l’Europe de 2030…

En réalité, Nicolas Sarkozy n’a aucune envie de construire une “Europe qui protège”. Ce jeudi 7 mai 2009, l’Europe organisait à Prague un sommet sur le chômage. “Il ne peut y avoir de reprise économique construite sur les fondements d’un effondrement social” a plaidé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui avait initialement appelé à une grande messe sur le chômage en présence de 27 chefs d’Etat ou de gouvernement, explique une dépêche de l’AFP. « Plusieurs capitales, dont Paris, Berlin et Londres, ont toutefois bloqué l’idée, de crainte qu’elle ne suscite des attentes irréalistes dans une opinion publique inquiète. D’où le format rétréci du sommet. »

Mardi soir, à Nîmes, en parlant avec des trémolos dans la voix d’une “Europe qui protège”, Nicolas Sarkozy a voulu booster la campagne de l’UMP. Le Président en campagne voulait faire croire qu’il était l’un des rares à se battre pour une “Europe qui protège”, mais jeudi, à Prague, la France était absente du sommet sur l’emploi… De qui se moque Sarkozy ?

Pierre LARROUTUROU est économiste et membre du Conseil national du PS. Il est l’un des animateurs du site www.nouvelledonne.fr

Categories: Actualité, Nouvelle gauche Tags:
  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks