Paris Normandie du 16 mars 2012
Certes, il n’est pas encore « passé en tête de la gauche » comme il dit l’espérer. Mais dans les sondages, il affiche maintenant un score à deux chiffres. Et du coup, probablement pour partie par effet de vases communicants, celui de François Hollande s’effrite. Etonnant ! Comment cet homme a-t-il pu ainsi multiplier par cinq le score de la communiste Marie-George Buffet qui avait rassemblé sur son nom à peine 1,93 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2007 ? Les 4 % collectés par Olivier Besançenot à l’époque, et que peine à retrouver son successeur Philippe Poutou, ne suffisent pas à faire la différence. Il y a manifestement une dynamique Mélenchon. Qu’on avait déjà pressentie lors du référendum sur le traité constitutionnel européen de mai 2005, où il avait été le champion du « non ». Question de charisme dira-t-on. C’est vrai qu’il n’en manque pas. Son bagout et son culot, sa capacité à rentrer dans l’adversaire ou le journaliste brisent efficacement la monotonie d’une campagne qui peine pour l’instant à passionner les foules. Mais il y a plus. Cette idée de démocratie directe citoyenne recyclée de la campagne de 2007 de Ségolène Royal. Et ce ras-le-bol intransigeant qu’il incarne si bien. Ce refus des règles de la finance reine, devant lesquelles ses rivaux de droite comme de gauche semblent pareillement s’incliner, parle aux Français en plein désarroi. Et là, il capitalise sur le discours des autres. Quand Hollande dit que la finance est son premier ennemi, avant de s’empresser de rétropédaler pour ne pas nuire à sa crédibilité de présidentiable, c’est Mélenchon qui engrange les points. Quand Nicolas Sarkozy veut imposer les Français exilés, pour dédroitiser son image, c’est Jean-Luc Mélenchon qui jubile, parce que c’est son idée. Mais c’est rare. Pas que Mélenchon jubile, mais que Sarkozy gauchisse son discours. Le Président sortant lorgne plutôt, pour agrémenter son score du premier tour, sur sa droite. Il retente son coup du siphonnage du Front National qui avait si bien marché en 2007. Du coup Hollande pourrait avoir la tentation d’aller chercher les voix centristes que le président sortant déroute. Mais s’il en fait un peu trop dans le recentrage, le candidat PS ouvre la porte… au Front de Gauche de Jean-luc Mélenchon, qui franchit la barre des 10 %. Certes, il y a peu de risque que le transfuge du PS devance son ex-premier secrétaire au premier tour. Mais entre les deux, il faudra bien négocier, et prendre le risque de perdre les voix centristes pour gagner celles de la gauche… ou inversement… Un casse-tête en perspective pour le candidat socialiste. Et un retour de balancier plein d’ironie pour les communistes. Qui renaissent, grâce à un transfuge socialiste, d’un néant ou les avait plongés un autre socialiste, François Mitterrand, et où Hollande aurait bien voulu les oublier. Si Hollande tente de ratisser au centre, il ouvre la porte à Mélenchon…
  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks