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1er-Mai, alerte à l’imposture !

1er-Mai,  alerte à l’imposture !
LE MONDE | 28.04.2012  -
Par Annie Ernaux

Née en 1940, Annie  Ernaux est agrégée de lettres modernes et a enseigné au lycée avant de devenir écrivaine dans les années 1970.  Auteure de nombreux romans en partie autobiographiques, elle a obtenu plusieurs  prix, dont le prix Renaudot en 1984. Elle revendique dans son oeuvre littéraire  une démarche empruntée aux sciences humaines, inspirée par la  sociologie de Pierre  Bourdieu.
Son dernier ouvrage est « L’Atelier noir »  (Editions des Busclats, 2011)

Stupeur,  colère – il ose faire ça ! -, ma première réaction à la  proclamation de Nicolas Sarkozy de fêter «  le vrai travail » le  1er mai sur la place de la Concorde. Puis la sensation d’une  blessure. Celle infligée à la mémoire des luttes de plus d’un siècle, partout  dans le monde, pour l’obtention de droits sociaux, d’un temps de travail défini  et limité, huit heures par jour, quarante-huit heures par semaine, contre un  patronat sûr de la légitimité de sa domination, qui ne voulait aucune règle. Des  luttes qui, répétées, tenaces, aboutiront en France au Front populaire, changeant la vie de  la majorité des gens. Mais aussi des luttes dans lesquelles des ouvriers ont été  blessés, sont morts : le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le Nord, un  homme, quatre garçons et quatre filles entre 14 et 20 ans ; le 1er mai 1906 – l’année de naissance de ma mère qui travaillera dans une usine dès  l’âge de 12 ans -, deux morts à Paris.

Même si sa  signification s’est affadie, même s’il est surtout accueilli comme la chance  d’un jour férié, si les défilés et rassemblements sont plus ou moins nombreux,  le 1er-Mai est un « lieu de mémoire « , tel que l’a  défini l’historien Pierre Nora, c’est-à-dire de fête, d’emblème, de  monument, etc., où s’incarne la mémoire nationale. Autant qu’un symbole de la  lutte internationale des travailleurs, il est un lieu de la mémoire sociale des  Français et il n’est, je crois, personne qui ne le ressente comme associé à  l’idéal républicain de liberté, d’égalité, de fraternité. A preuve, le  1er mai 2002, qui a vu un million et demi de citoyens descendre dans les rues pour manifester leur attachement à ces  valeurs.
Le propre de ce  gouvernement a été d’oser tout. De nous surprendre en osant tout. D’avoir toujours un temps d’avance sur ce qu’on  pouvait imaginer. En ces derniers jours de son mandat  présidentiel, Nicolas Sarkozy aux abois s’empare sans vergogne de la fête du  1er-Mai, la confisque à son profit pour faire coup double : occuper le terrain dans tous les sens du terme  à la place des syndicats et de la gauche, passer sur ces corps intermédiaires dont il  souhaite la suppression, qu’il méprise ouvertement - « quand il y a une grève  en France, personne ne s’en aperçoit », s’est-il vanté naguère – faire l’événement du jour et se rallier les électeurs de Marine Le Pen, voire d’autres, que ce  slogan du «  vrai travail ».
En 1941, Pétain avait  fait main basse sur le 1er-Mai pour le vider de son sens de lutte internationale,  remplaçant la Fête des travailleurs par la « Fête du travail et de la Concorde  sociale ». Les contextes historiques diffèrent mais on peut assimiler la captation du 1er-Mai par  Nicolas Sarkozy à celle de Pétain. Pour les tristes raisons que l’on sait, le  chef de Vichy faisait appel à « l’union nationale », Nicolas Sarkozy, lui, est  clairement dans une stratégie de division nationale, la même qu’il applique avec  constance depuis qu’il a été élu. C’est uniquement là qu’il n’a pas varié et  que, malheureusement, il a obtenu ses meilleurs résultats, peut-être, hélas  aussi, les plus durables.
Gouverner, c’est diviser, tel est le système Sarkozy. Mais diviser en stigmatisant, en dressant une partie  de la population contre l’autre. Depuis 2007, il n’a eu de cesse de créer,  d’inventer, par son discours, deux  catégories de citoyens, dont l’une est désignée comme responsable des problèmes  de l’autre, qu’elle menace sourdement. Ces catégories sont mouvantes, mais  toujours tranchées, Français/immigrés, travailleurs/assistés, gens  honnêtes/délinquants, victimes…
Le discours sarkozien  les a si bien installées dans nos habitudes de pensée, ces catégories, qu’il  n’est plus besoin qu’elles soient expressément désignées, l’allusion suffit,  instantanément décodée par tout le monde, avec les connotations négatives qui  leur sont associées. Ce qui est bien sûr le cas ici avec l’expression « vrai  travail », qui sous-entend non l’existence absurde d’un faux travail ni même  de faux travailleurs (sauf peut-être sans-papiers, clandestins) mais celle de  « faux chômeurs », qui ne cherchent aucun travail, des « assistés« , terme en vogue depuis cinq ans, donc une catégorie de profiteurs  paresseux, naguère soupçonnés de faire la grasse matinée, quand  d’autres « se lèvent tôt ».
Dans ce système  binaire qui violente la réalité complexe du pays, sa diversité sociale et  culturelle, qui attise les haines, il y a, d’un côté, une France méritante,  courageuse, respectueuse des lois, la « vraie » France, légitime sur son sol  ancestral, et de l’autre, une population indigne qui n’a pas vocation à incarner cette vraie France, constituée qu’elle  est de « communautés » – terme d’exclusion dans le répertoire du chef de  l’Etat, repris par les médias sans discussion – d’origine étrangère,  d’individus parasites. Un ensemble flou, menaçant, auquel, selon les moments et  les circonstances, sont adjoints les grévistes, les profs, voire les juges,  censés relâcher tous les délinquants, et « les élites « .
La vraie France a  droit à des flots de compassion, parce qu’elle « souffre », leitmotiv de  la campagne de Sarkozy, l’autre, souvent la plus pauvre et la plus fragile, est  vilipendée, livrée en pâture à la première comme source de ses  malheurs.
On se souvient  peut-être d’une séquence télévisuelle de 1987 qui montrait le candidat Sarkozy  en campagne, évoluant dans un wagon du RER au milieu des voyageurs tranquilles.  Il se penche vers une dame assise, l’interpelle avec une incroyable, étrange  excitation : « Vous avez peur, hein, madame, vous avez peur ? » La  voyageuse le regarde avec étonnement, presque de l’ahurissement, sans répondre.  Véritable scène révélatrice et annonciatrice de la gouvernance qu’il a mise en  oeuvre depuis cinq ans : susciter la peur, des fantasmes de peur,  pour apparaître comme le protecteur.
C’est là toute  l’imposture de ce qu’on ne saurait pas même appeler une idéologie, mais un plan cynique  pour occulter une politique qui favorise les  banques, les patrons du CAC 40, les actionnaires, les bailleurs de multiples  appartements, les hauts revenus et les exilés fiscaux. L’imposture, elle est là  encore, évidente, révoltante, dans cette communion prévue le 1er mai  autour d’une valeur travail déconnectée de l’emploi et du salaire, de la hausse  des loyers, des étiquettes de prix au supermarché et du coût des soins  dentaires.
Quel travail, où le  travail, quand des usines licencient, ferment du jour au lendemain, que les  files d’attente s’allongent à Pôle emploi ? Pour qui le travail, à la couleur de  la peau, à l’âge ou au diplôme ? Comment le travail, dans une atmosphère de  harcèlement, dans les déplacements quotidiens au bout du RER ou les  trajets de 50 km à l’aube ? Combien le travail, 1 000, 1 500 euros dont il faut  déduire le loyer de 500 euros ? Rien de tout cela n’importe à un candidat qui,  depuis cinq ans, n’a cherché qu’à déréglementer le travail, à l’imposer le dimanche, à détruire le service  public d’éducation et de santé, à « rassurer les investisseurs ».
Le  1er-Mai de Sarkozy et de l’UMP, c’est en réalité la fête du  libéralisme dur, « décomplexé », dont l’ambition est de néantiser la  représentation syndicale et d’étouffer les luttes sociales. Place de la  Concorde, derrière les majestueuses fenêtres de l’Hôtel Plazza et des  appartements de 300 m2, les gens pourront regarder le spectacle avec  amusement.
C’est tout à l’honneur  de François  Hollande de rompre avec cette vision d’une France en  guerre contre l’autre, par exemple en refusant, ces jours-ci, de revenir sur son projet de vote des  étrangers aux élections locales, vote qui rapprocherait les habitants,  oeuvrerait à ce vivre-ensemble qui se réalise peu à peu et sans drame dans des  villes de la grande banlieue, comme celle où je réside. Ou en s’opposant au  principe d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers,  issue du programme de l’extrême droite, porte ouverte à tous les droits en  matière de répression, pierre angulaire d’un système policier.
Il faut casser cet imaginaire de suspicion et de haine  qui empoisonne le pays, mais cela ne se fera qu’en engageant la lutte pour un  partage des richesses, l’égalité dans l’éducation, l’accès aux soins, à la culture, des conditions de vie  meilleures pour tous. Pour une République  sociale.


Antoine PROVINI

J-6 VOTEZ UTILE !!!JLMelenchon!!!!oui

http://dai.ly/HtBvFx

Vous avez dit vote utile ?

IMPORTANT : Ce message s’adresse prioritairement à tous les électeurs qui envisagent de voter au premier tour François Hollande et non Jean-Luc Mélenchon, de peur de provoquer à nouveau « un second 21 avril 2002 ».

L’émergence d’une dynamique.
« Populiste », « démagogue », tels étaient les qualificatifs dont les médias affublaient il y a quelques semaines encore Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche !
« Tribun », « homme de talent », tels sont à présent les adjectifs pour le désigner.

Mais que s’est-il donc passé entre-temps ?
Tout simplement, que de meeting en meeting, l’affluence des citoyens n’a cessé d’augmenter pour entendre la déclinaison des arguments d’une autre politique possible ouvrant une alternative sérieuse et un espoir enfin à portée de main !
Jusqu’à ce rassemblement historique de la Bastille où 120 000 personnes sont venues concrétiser cette force politique montante, suivi d’un rassemblement tout aussi historique pour Toulouse, et hier encore, une démonstration de même niveau qu’à la Bastille, à Marseille cette fois !
Avec dans l’intervalle un meeting à Limoges rassemblant 9000 personnes, chiffre historique là encore puisque de mémoire de militant de gauche on n’avait jamais vu cela dans cette ville !
Et bien d’autres réunions massives encore, ici et là !

Les médias le reconnaissent : ils n’avaient pas vu venir « le phénomène », le niveau atteint par Jean-Luc Mélenchon dans les sondages constituant, selon leurs propres termes, « la surprise de cette campagne ».
Ils avaient simplement oublié qu’un peuple est toujours capable de se mobiliser, parfois au moment où on l’attend le moins, lorsque la coupe est pleine et qu’une perspective de sortir d’une situation insoutenable commence à se dessiner.

Car il s’agit bien de cela ! Et cette dynamique vient de loin !

Sans remonter à 1936, 1968, ou 1981, le « Non » au Traité constitutionnel européen de 2005 atteignant 55 % des suffrages exprimés — comme manifestation du refus de cette politique néolibérale qui sacrifie le présent et l’avenir de la grande masse des citoyens, mais trahi par l’immense majorité des députés du PS qui devait voter son clone quelques mois plus tard avec le Traité de Lisbonne — suivi de la mobilisation massive des citoyens contre la « réforme » des retraites de Nicolas Sarkozy en 2009, exprimaient déjà l’émergence de cette dynamique que l’on constate aujourd’hui.

De fait, les citoyens qui à présent se mettent en mouvement à l’appel du Front de Gauche se mobilisent avec lui parce qu’ils trouvent dans ses propositions les réponses immédiates à leurs préoccupations. Alors que François Hollande ne promet un avenir meilleur, mais flou qu’à condition que la croissance revienne, croissance qu’il subordonne de fait aux décisions néolibérales des institutions européennes, ce qui revient à reproduire la même politique que celle de la Gauche plurielle de 1997 à 2002.
Certes, on pourrait croire que le programme de François Hollande est plébiscité puisque les intentions de vote en sa faveur restent très élevées.
Mais cela ne montre-t-il pas plutôt la volonté bien ancrée des citoyens de battre Nicolas Sarkozy et la Droite ? Excellente chose, oh combien !
Mais aux côtés de cette expression politique, la montée en puissance des intentions de vote pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche, ne constitue pas seulement un élément indispensable à la mobilisation de la Gauche, mais aussi et surtout le souhait d’une alternative politique et pas simplement d’une alternance politique, la volonté de voir se concrétiser une politique de rupture et pas simplement une politique d’accompagnement !

Du vote utile…
De ce point de vue, ce n’est pas parce que François Hollande craint de ne pas être au second tour qu’il a évoqué massivement, de façon clairement énoncée dès le début de la campagne, la notion de « vote utile », notion qu’il évoque moins aujourd’hui tout en l’exprimant de manière différente, mais bien plutôt parce qu’il ne souhaite pas s’engager, aussi peu que ce soit, dans une politique de rupture mais, comme il le dit, « garder le cap », vers « une politique du possible, et non du souhaitable », toujours selon ses propres termes.
Et cela au nom d’un réalisme politique qui n’est réaliste que parce qu’il reste prisonnier de la pensée unique, c’est-à-dire des conceptions néolibérales selon lesquelles la politique de rigueur, à quelques nuances près, est la seule possible !

La notion de « vote utile » a une apparence : celle du spectre du 21 avril 2002. Elle a une réalité : la crainte de François Hollande de voir surgir au côté du PS une force politique alternative à gauche. Elle a une fonction : celle de barrer la route à l’émergence d’une telle force politique.

Mais elle repose sur un mensonge !

En effet, aujourd’hui, en avril 2012, la situation est totalement différente de celle d’avril 2002 !

En avril 2002, Lionel Jospin arrivait au terme d’un quinquennat au bilan contrasté, dans une situation où :

– contrairement à ses engagements, il avait accepté le traité d’Amsterdam et subordonné sa politique économique et sociale aux diktats de la politique néolibérale en vigueur à l’échelle européenne, notamment en matière de privatisation des entreprises publiques,
– il déclarait face à la montée de l’exaspération sociale « l’État ne peut pas tout », exprimant ainsi toute la mesure de l’impuissance de sa politique,
– il venait de renforcer le caractère antidémocratique des institutions de la Ve république en inversant le calendrier, n’offrant d’autre choix aux forces politiques composant la Gauche plurielle que de présenter chacune un candidat à l’élection présidentielle contre lui et la politique menée ensemble les cinq années précédentes — créant par là même une confusion politique de grande ampleur, chaque candidat ne pouvant que cultiver alors ses différences pour tenter de se dissocier de la politique suivie et qu’il fallait que chacun d’entre eux critique nécessairement,
– il s’engageait dans une campagne de second tour au lieu de mener une campagne de premier tour, s’opposant à Jacques Chirac en réduisant le débat à la notion de « Gouverner autrement » au lieu de répondre aux préoccupations des citoyens, tout en ressassant les éléments intéressants de son bilan au lieu d’ouvrir des perspectives nouvelles,

ce qui faisait de lui le candidat sortant face à un Jacques Chirac se retrouvant dans la position de François Mitterrand en 1988, ce d’autant plus que Lionel Jospin ne faisait que répéter qu’il avait eu toute latitude pour mener sa politique, offrant ainsi à son adversaire le rôle d’un challenger parfaitement crédible. Ceci dans un contexte où l’Extrême droite progressait d’autant plus fortement depuis 1997 que la Droite par le choix de la dissolution de sa propre majorité au Parlement avait cette année-là exprimé toute son impuissance politique.
De surcroît, faut-il rappeler qu’en 1974 François Mitterrand était le candidat unique de la Gauche et a perdu face à Valéry Giscard d’Estaing tandis qu’en 1981 Georges marchais était également candidat, et réalisant 15 % au premier tour appelait à voter François Mitterrand au second tour, ce qui permit la victoire !

Chacun le voit bien, aujourd’hui, en avril 2012, la situation présente n’a rien à voir avec celle d’avril 2002 !

La Droite assume le Pouvoir depuis 10 ans, et après la période Chirac durant laquelle la situation économique et sociale s’est dégradée, est venu le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui ressemble à présent à un tsunami, tant les ruines économiques et sociales apparaissent de plus en plus au grand jour, fragilisant ainsi l’immense majorité des citoyens tandis qu’à l’autre bout du spectre quelques hommes se sont accaparé la majorité des richesses,

La crise économique et sociale mondiale apparaît clairement, à un nombre de citoyens de plus en plus important, comme la conséquence d’une crise financière, résultant davantage d’une spéculation à grande échelle de quelques-uns plutôt que des seuls échanges économiques mondiaux,

L’Extrême droite tend à régresser alors même que sa candidate — parce qu’elle est une femme et que cela constitue une sorte d’événement politique dans le paysage médiatique, a fortiori pour représenter l’Extrême droite — a bénéficié à partir de son avènement à la tête de sa formation politique d’une extrêmement large couverture médiatique,

Le PS n’a plus exercé de fonctions gouvernementales depuis 10 ans, et son candidat actuel, François Hollande, n’a participé à aucun gouvernement de Gauche, ce qui lui donne l’apparence d’une certaine « fraîcheur », ce d’autant qu’il n’hésite pas à dire qu’en tant que premier secrétaire du PS, il avait à l’époque cherché à peser sur la politique gouvernementale pour l’accentuer à gauche,

Aujourd’hui, seuls cinq candidats concourent pour le premier tour à gauche, contre huit en 2002,

Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche — tous les observateurs le reconnaissent à présent –mobilisent les citoyens qui, désespérés de la Gauche traditionnelle, s’étaient de plus en plus réfugiés dans l’abstention au cours des différents scrutins depuis 2002, en risquant à nouveau de récidiver,

Et les enquêtes d’opinion montrent que cette progression ne nuit pas au potentiel de voix de François Hollande, l’ensemble de la Gauche atteignant 46 % alors même que par le passé elle n’avait jamais dépassé 40 % !

… à la politique utile !
Il faut en prendre conscience : le capitalisme traditionnel est bien fini !
Certes, depuis longtemps. Mais la redistribution des cartes à l’échelle de la planète à l’issue de la Première guerre mondiale, de l’émergence du stalinisme dans la période qui suivit la Révolution de 1917, de la Crise économique de 1929, de la Seconde guerre mondiale et de la période de Reconstruction qui s’ensuivit, de l’accession généralisée à l’Indépendance de l’ensemble des pays colonisés, de l’explosion du système institutionnel financier mondial en 1971, et des chocs pétroliers successifs comme expression de la bataille des pays producteurs pour maîtriser leurs richesses, vis-à-vis des nations industrialisées ou pour des raisons géopolitiques locales, ont conduit le capitalisme industriel et commercial à être de plus en plus subordonné au capitalisme financier qui s’est érigé en maître tout-puissant de la planète au fur et à mesure des applications d’une politique néolibérale se caractérisant par la libéralisation des échanges, essentiellement des marchandises et des capitaux plus que des hommes, et le sacro-saint principe de « concurrence libre et non faussée ».

Nous n’en sommes plus à la période où les salariés devaient se mobiliser vis-à-vis d’un patron qui certes investissait pour s’enrichir mais nécessairement en créant de l’emploi, aujourd’hui les salariés doivent se mobiliser pour conserver leur emploi que le capitalisme financier, après avoir le plus souvent remplacé le patron traditionnel, décide de supprimer dès lors que le taux de rentabilité n’est pas quatre à cinq fois supérieur au taux de rentabilité jugé, il y a quelques décennies encore, comme normal par les patrons traditionnels.

Dès lors, le salarié est devenu la variable d’ajustement, et dans un monde économique où la concurrence doit être libre et non faussée, il apparaît indispensable pour que le système capitaliste se survive d’abaisser sans cesse le prix de revient de ses productions, et partant, de s’adapter toujours au moins-disant social en remettant en cause tous les acquis sociaux obtenus au travers des décennies de luttes sociales et politiques : niveau des salaires, taux d’emploi, accès aux soins, niveau des retraites, investissement dans l’éducation, égalité sociale par le démantèlement des services publics et la privatisation de l’action publique, voire même de la laïcité et du droit à la sécurité.

C’est parce que de plus en plus de citoyens mesurent de mieux en mieux les raisons fondamentales de cet affaissement social et du déséquilibre écologique qui l’accompagne, conséquences de la politique néolibérale mise en oeuvre, mais non inéluctable puisque la croissance écologique et sociale procède du résultat de la volonté et de de l’activité des hommes, qu’ils entrevoient qu’une autre politique permettant de mettre en oeuvre ce futur respectueux de la planète et des hommes, est possible.

Dès lors, interdire la spéculation, relancer l’économie, rétablir l’égalité sociale, créer de l’emploi, et construire un futur décent :

– en monétisant la dette (que ce soit via la Banque Centrale Européenne ou la Banque de France en application du protocole de Luxembourg),
– en déchirant le joug financier qui étrangle les petites et moyennes entreprises par l’octroi de conditions de crédit à bas taux ou nul, via la création d’une banque publique à cet effet,
– en mettant en place une politique fiscale, via 14 tranches d’imposition et non plus 5, et en posant une limite de 360 000 ? annuels par tranche au-delà de laquelle l’impôt est total,
– en instaurant une fourchette de salaire de 1 à 20, créant ainsi un cercle vertueux liant les augmentations de salaires de tous,
– en portant le SMIC brut à 1700 ? mensuels au début du quinquennat et à 1700 ? nets à la fin du quinquennat,
– en titularisant les emplois précaires dans la Fonction Publique, comme un premier signe de la reconstruction des services publics,
– en consolidant l’emploi à durée déterminée par la limitation légale du nombre d’emplois à durée déterminée dans les entreprises,
– en investissant dans l’éducation, la recherche et le développement,

apparaît à un nombre de plus en plus grand de citoyens, non seulement comme indispensable, mais aussi comme tout à fait possible de mettre en oeuvre une telle politique, d’autant que les autres peuples, ne serait-ce qu’en Europe, sont confrontés aux effets de la même politique néolibérale, et que l’exemple français constituerait un signal important aux peuples des différents pays pour qu’ils fassent de même. Comme les peuples d’Amérique latine ou des pays arabes, pour la période récente, ou comme l’Histoire l’a depuis longtemps démontré, notamment au cours du siècle dernier !

Ainsi, la seule notion de « vote utile » qui vaille réside à présent totalement dans la notion de « politique utile » !

C’est pourquoi ce message s’adresse à tous les électeurs qui envisagent de voter au premier tour François Hollande et non Jean-Luc Mélenchon, de peur de provoquer une seconde fois « un nouveau 21 avril 2002 ».

Non, la situation actuelle n’a rien à voir avec celle d’avril 2012 !
Non, la candidate de l’extrême droite ne risque pas de se retrouver cette fois au second tour !
Non, toutes les enquêtes le montrent, l’ascension de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche n’a pas affaibli François Hollande, candidat du PS, qui progresse encore légèrement dans les intentions de vote du premier tour !

Oui, la mise en oeuvre d’une autre politique, sur laquelle nous nous accordons tous à penser qu’elle est indispensable, est possible , et pour cela l’alternative politique proposée par le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon est une condition sine qua non pour y parvenir !
Oui, le programme du Front de Gauche, conçu pour ouvrir une alternative à gauche, a subsidiairement conduit François Hollande à « gauchir » ses propositions !
Oui, si Jean-Luc Mélenchon n’est pas au second tour face à Nicolas Sarkozy, avec le Front de Gauche, il appellera les citoyens à utiliser le bulletin de vote « François Hollande » pour battre Nicolas Sarkozy et la Droite !

Mais, les citoyens que nous sommes doivent bien mesurer :
– que les élections législatives suivront l’élection présidentielle,
– que plus le résultat du candidat du Front de Gauche sera important, plus les chances d’un résultat important aux élections législatives seront réunies,
– que dès lors, plus sera important le groupe parlementaire du Front de Gauche et plus sera fort le point d’appui permettant aux luttes sociales d’imposer le changement aux forces réactionnaires qui ne manqueront pas de se coaliser face au nouveau gouvernement, ce avec d’autant plus de velléité qu’il ne se sera pas donné les moyens d’imposer le « changement » qu’il déclare pourtant vouloir pour « maintenant » !

Voilà pourquoi, aujourd’hui, le seul vote utile, cela vaut tout de même la peine d’y réfléchir, consiste à voter, dès le premier tour, pour le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.

Vincent Assante.
Membre du Bureau National du Parti de Gauche.

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