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Archives pour 06/2013

Refusons la mort programmée de nos retraites!

 

Le président Hollande se réjouissait du délai de deux ans accordé par la Commission européenne à la France en vue de la réduction de ses déficits. Un doux air de victoire planait dans les couloirs de l’Elysée. C’était sans compter sur les contreparties ! Bruxelles a exigé, entre autres refontes structurelles, une réforme des retraites d’ici la fin de l’année. Le gouvernement, en bon soldat,  prévoit une conférence sociale pour les 20 et 21 juin. La réforme sera pour l’automne.

Trois arguments ont été martelés pour préparer les esprits. Le déficit de la branche retraites de la Sécurité sociale est évalué à 20 milliards en 2020. A l’horizon, 2060, il y aurait 42 millions de nouveaux retraités, soit 7,6 retraités pour 10 actifs. « Les Français vivent plus longtemps, il faut travailler plus longtemps ! ».

Et voilà que survient le rapport Moreau ! Rien de mieux qu’une commission d’experts pour se dédouaner de toute responsabilité politique ! Des fuites, savamment orchestrées, ont donné un avant-goût. La remise du rapport le vendredi 14 juin au premier ministre confirme nos peurs. Oui cette réforme s’inscrit dans la continuité de celle de 2010 !
La commission propose l’allongement de la durée de cotisation à 44 ans (41,5 aujourd’hui) ou le recul de l’âge légal à la retraite à 63 ou 65 ans. Elle prévoit la dévalorisation des pensions en  fiscalisant la majoration de 10% des pensions pour les parents de trois enfants (et plus) et via la sous-indexation des pensions par rapport à l’inflation. Enfin le rapport appelle au rapprochement entre les régimes public et privé : le calcul des pensions des fonctionnaires sera fondé sur les dix dernières années au lieu des six derniers mois.

Ces mesures détruiraient notre modèle social. Elles sont de plus économiquement injustifiées :

> L’espérance de vie en bonne santé est de 61,8 ans. Si nous vivons plus longtemps, c’est notamment parce que nous travaillons moins longtemps.

> La population française augmente. Le pays compte presque deux fois plus de jeunes ( 30% de la population a moins de 25 ans) que de personnes âgées ( 16,4% a plus de 65 ans). En 2060, le progrès technique aura permis d’accroître considérablement la productivité du travail – ce qui réduit le besoin d’équilibre démographique entre actifs et retraités.

> Le déficit est un leurre ! Il ne représente que 3% maximum du PIB et augmente en partie à cause de la baisse de la part des cotisations patronales depuis 25 ans au profit de la spéculation financière.

> L’allongement de la durée de cotisation est absurde. 60% des personnes sont au chômage quand elles liquident leur droit à la retraite et l’entrée sur le marché du travail se fait de plus en plus tard. L’allongement de la durée de cotisation consacre donc l’inactivité des seniors, creuse le déficit de l’assurance chômage. De plus, elle multiplie les retraites incomplètes et contribue à la baisse des pensions.

Cinq réformes en vingt ans, quatre en dix ans et toujours la même orientation ! L’objectif inavouable est de forcer à cotiser pour des retraites complémentaires et par capitalisation. En effet, les pensions baisseront contraignant les travailleurs à se tourner vers des assurances privées. C’est donc la  privatisation des caisses de protection sociale qui se préfigure à l’instigation des néo-libéraux. Depuis l’échec de la réforme Juppé en 1995, qui proposait de réformer le régime des retraites dans un « paquet » législatif, les politiques publiques sont incrémentales. Petit à petit, elles démantèlent les acquis sociaux. Cette stratégie empêche l’opinion  d’avoir une vision d’ensemble.

Ainsi cette réforme est loin d’être la dernière. Bientôt, l’âgé légal passera à 67 ans, la durée de cotisation à 46 ans. La baisse des pensions poursuivra son cours. Les mêmes arguments seront réutilisés. Les chiffres seront adaptés aux circonstances. Une suivante continuera le travail et ainsi de suite, jusqu’à que la caisse des retraites soit vidée de son contenu, de ses compétences. Alors on nous dira que le régime de retraite est obsolète, qu’il faut liquider cette structure inutile. Mais il sera déjà mort depuis longtemps.

A nous d’informer, de conscientiser dans les assemblées et dans la rue  pour faire capoter le projet !Pour lutter contre ce triste avenir qu’on nous prépare !

Gabriel AMARD

En direct du blog de Jean Luc Melenchon!!!

 

 

 

 

Le temps des funérailles, ils s’étaient donné des mines d’héritiers de Pierre Mauroy. Certes j’avais bien souri de voir François Hollande, l’homme qui écrivait contre le programme commun et la politique de gauche de Mauroy dans les années 80, faire mourir une deuxième fois l’ancien premier ministre en faisant son éloge pour la politique de rigueur sans dire un mot des conquêtes sociale de 1981. Signé furax : il aurait dû parler de la retraite à soixante ans une semaine avant de l’enterrer elle aussi. Pas un des plumitifs de service ne fit le rapprochement. Quel petit filou ce François ! Depuis cette pantalonnade, le « rapport Moreau » est tombé. Il se confirme avant tout que les pleureurs professionnels n’étaient bien, une fois de plus, que des cyniques sans principes. Mauroy avait été le premier ministre de la retraite à soixante ans. Ayrault sera son fossoyeur. Non seulement il avalise toutes les lois scélérates de la droite en la matière mais il va les aggraver. Pire que Balladur et Fillon : Jean-Marc Ayrault. Pire que Sarkozy : François Hollande. Un gouvernement de « gauche » va pour la première fois en France décider de reculer l’âge du départ en retraite. Voilà la certitude. Le reste est un habillage. Car le gouvernement a beau jouer les Tartuffe en s’abritant derrière le « résultat des négociations entre partenaires sociaux », on sait déjà qu’il compte suivre les grandes lignes de ce « rapport ». En page 18 du « Monde », dans un coin sans importance, ce pauvre Ayrault débite ses habituelles phrases creuses sculptées comme de l’antique. Mais les dés sont jetés. Le rapport Moreau est un rabâchage sans imagination des mantras les plus éculés. Depuis vingt ans surgissent des gugusses de cette sorte qui prétendent « sauver notre système de répartition » en le démolissant. Les vieux refrains sont de retour : accroître la durée de cotisation et baisser les pensions. Une politique absurde et injuste par essence. Absurde car l’âge moyen de cessation d’activité en France étant inférieur à 59 ans ce sera au système de chômage et de pré-retraite de prendre en charge le différentiel toujours plus grand avec celui de départ à la retraite…

Le plan de réforme des retraites est donc aussi un plan de ruine des comptes sociaux. Demain les mêmes menteurs et hypocrites viendront « sauver notre régime d’indemnisation » en supprimant les indemnités et « sauver notre système de santé » en réduisant l’accès aux soins de chacun. Mais en se gardant bien de dire que la principale cause de déséquilibre des comptes est leur politique. Et que le principal bénéficiaire de leur « réforme » est le secteur marchand : retraite par capitalisation, assurances privées, cliniques privées. Quant à la baisse des pensions, elle va mettre dans une situation toujours plus difficile des millions de retraités dont le niveau de vie ne cesse de se détériorer. Tout cela suit la rengaine de la droite : « on vit plus longtemps donc on doit travailler plus longtemps ». Partout où de tels sottises ont été appliqués on observe un recul de l’espérance de vie en bonne santé. Parfois c’est l’espérance de vie tout court qui régresse. Il y aurait pourtant une toute autre logique à mettre en œuvre. D’abord développer l’emploi par une politique de la demande et des grands projets comme l’économie de la mer. Ensuite et à court terme : chercher les ressources là où elles se sont enfuies depuis trente ans c’est à dire dans les profits non investis. Il y a là largement de quoi combler les 20 milliard de déficit prévus d’ici 2020, si l’on accepte l’idée très audacieuse que les prévisions de déficit des soi-disant spécialistes vaillent mieux cette fois-ci que les précédentes. De toute façon l’équilibre du système par répartition est de l’aveu même du premier ministre, assuré dès 2035 en raison du dynamisme de notre démographie. Quelle bonne nouvelle ! Elle ne soulève pourtant guère de curiosité ni de commentaires… Nous y reviendrons le moment venu. Car c’est une bataille de mouvements et de pilonnage qui commence. Déjà le parti médiatique a commencé à asséner en boucle les habituels arguments pour pousser des cris catastrophistes, opposer les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé et ainsi de suite. Ce sont les préparations d’artillerie médiatiques classiques comme nous les avons déjà vécues. Il faut laisser passer ce premier feu. Il n’imprimera pas. Il est au contraire intéressant de laisser la médiasphère se déconsidérer une fois de plus par son embrigadement. Le dégoût et la méfiance sont déjà acquis dans la mesure où tout cela est de la redite. Les gens savent qu’on les prend pour des imbéciles et ils seront mieux disposer à écouter des solutions alternatives. Nous n’aurons aucun mal à les produire puisqu’il n’y a strictement rien de neuf dans le « débat ». Les syndicats vont se mettre en mouvement et nous aussi en charge progressive. Nous aussi, à leur suite. Il est possible que le gouvernement dispose du nombre de godillots suffisant pour faire passer cette nouvelle forfaiture. Mais les syndicats vont agir avant. La CGT, FO et SUD ne vont pas laisser faire. Et il n’est pas assuré que l’UNSA et la CFDT accepte de servir la soupe cette fois-ci. Venant après l’amnistie refusée, les cadres syndicaux vont finir leur décrochage d’avec le PS et ses arnaques et ils se tourneront franchement de notre côté à l’heure des bulletins de vote de représailles en mars et mai prochains. Nous avons un peu de temps devant nous. Pas beaucoup car le gouvernement veut avoir bouclé son affaire en septembre.

Bien sûr Jean Marc Ayrault a déjà pris la pause et sucé longuement ses mots pour annoncer et même exiger une « concertasssssion». Attention pas n’importe quelle « concertassssion» ! Une « concertassssssion » très spéciale. Qu’on en juge ! Le formidable premier ministre de François Hollande qui se prépare à liquider un acquis social historique de la gauche lui attribue quatre adjectifs, pas un de moins. Matin ! Quel haut niveau d’exigence ! Et quelle plume pour le dire ! Certes il est loin le temps ou le premier ministre ou ses séides disposaient de la page une du « Monde »  pour réciter ce genre de balivernes ! Ici ce texte fondateur et inoubliable dans l’histoire du PS au pouvoir doit être recherché page 18 du journal de révérence (quart gauche du haut de la page) ! Bref, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. La concertassssion de monsieur Ayrault, prise en sandwich entre la mauvaise volonté syndicale à se couper la gorge et l’urgence du calendrier parlementaire exige donc une pluie d’adjectifs palliatifs pour cache misère. Ce doit être une concertation : 1) « dense » 2) « construite » 3) « ouverte » et même, soyons fous : 4) « sincère » ! En tous cas l’essentiel est de se manier le train ! Car la loi de finances de la sécurité sociale en cours doit pouvoir intégrer les coupes qu’organisera la « réforme ». Car ne l’oublions pas : tout ceci n’a de sens que par rapport aux exigences de la « Commission européenne » pour les comptes publics de 2014 et 2015. Sinon quel besoin de se hâter de la sorte ? Comme dirait Hollande la Commission n’a pas à nous dire ce que nous devons faire puisque nous le faisons déjà !

Sondages : nouvelle percée des manipulateurs

Avez-vous entendu parler du sondage qui donne le Front de Gauche à égalité avec le PS ? Il est bien possible que non. Le chiffre n’a pas été jugé digne d’être mentionné comme une information significative par nombre des commentateurs éthiques et indépendants. Pourtant, c’est le même sondage qui donne le Front National à 18%. Donc vous n’avez pas pu y échapper. En effet la « percée » du FN a été amplement annoncée, célébrée et agitée par les mêmes éthiques et indépendants. Ce sondage de l’institut YouGov pour Itélé et le Huffington Post a été publié le 13 juin et réalisé entre le 7 et le 12 juin. A la question « si les élections européennes avaient lieu dimanche prochain, pour quelle liste y a-t-il le plus de chances que vous votiez ? », il donne les projections suivantes : UMP 19%, FN 18%, Front de Gauche 15%, PS 15%. Chacun sait ici ce que nous pensons des sondages en général. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore je vais y revenir en fin de chapitre. Mais pour l’instant je propose de faire comme font d’habitude ceux qui traitent le résultat d’un sondage comme une donnée équivalente à un vote réel. D’ores et déjà vous pouvez retenir une première leçon. La manipulation médiatique ne connaît aucune limite. A mes yeux, tous ceux qui ont présenté ce sondage comme une nouvelle preuve de la « percée » des Le Pen, qui n’existe pas, une semaine après le meurtre de Clément Méric, sont des agents lepénistes. Surtout quand, de surcroît, ils ont ignoré le fait essentiel qu’est la progression du Front de Gauche parvenu à égalité avec le PS. Voyons ce tour de passe-passe.

Pour justifier la soi-disante « percée » du Front National, les médias officialistes comparent ce sondage aux résultats … des élections européennes 2009 ! On compare une élection qui a eu lieu il y a six ans avec la situation politique du jour ? Admettons un instant. Pourquoi pas. Cette méthode a sa part de vérité. Comparer une élection à la précédente sur le même objet permet d’écrire l’histoire de cette élection. Mais l’analyse politique exige de partir de l’action des gens réels, ici et maintenant. Ceux qui votent d’une façon à une élection, font ils le même choix politique à l’élection suivante ? Ça c’est le concret vécu dans la réalité. Ceux qui ont voté PS aux présidentielles vont-ils voter PS aux prochaines élections ? Ou bien Front de Gauche ? Dans le cas qui nous occupe comparer le sondage à la précédente élection ne permettrait pas de parler de « percée » de la famille Le Pen ! Pas du tout ! Car les chiffres présents disent alors que depuis les élections présidentielles, le FN stagne. Piteusement. Entre le score de Le Pen à la présidentielle de l’an dernier et ce sondage, le FN progresserait de … 0,1% ! Bonjour la « percée » ! Encore oublierons-nous de dire que ce sondage anglais donne même un FN en recul par rapport au sondage français précédent à propos de ces mêmes élections européennes. Car celui réalisé du 29 au 31 mai pour Valeurs actuelles donnait le FN à 21% ! Le FN y était ainsi premier ex-æquo avec l’UMP et le PS ! Décidément il est temps pour ces sondeurs anglais de mieux comprendre les attentes des médias officialistes français. Heureusement leurs rédactions veillent à ce que la bonne compréhension soit donnée au pauvre peuple. Ainsi « Canal+ » a su présenter les résultats dans le bon angle. La chaîne, jeune et impertinente, a donné toute la journée le score de l’UMP du FN et du PS, sans un mot du tremblement de terre à gauche que contenait le score du Front de Gauche. Quelle audace, quelle modernité, quel humour ! Quant au journal qui milite contre la dissolution des groupuscules d’extrême droite, « Libération » le mal nommé, il estime que nous n’avons pas à nous plaindre parce que nous dénonçons d’habitude les sondages. Hi ! Hi ! Pouet ! Pouet ! La rirette !

N’empêche : l’événement de ce sondage YouGov c’est le score attribué au Front de Gauche : 15% des intentions de vote ! Des quatre premières forces politiques du pays, le Front de Gauche est la seule à progresser par rapport à l’élection présidentielle de l’an dernier. Ce sondage nous donne en hausse de 4 points. Pendant ce temps l’UMP reculerait de 8 points. Et le PS s’écroulerait en perdant près de 14 points ! L’autre leçon de ce sondage : il place le Front de Gauche à égalité avec le PS ! Pour ceux qui croient à la valeur objective des sondages, l’élément politique d’importance dans ce sondage ce devrait être celui-là. La question posée n’est donc pas de savoir si nous-mêmes nous croyons ou non aux sondages. La question est : pourquoi ceux qui publient et croient aux sondages n’en mentionnent-ils pas l’événement le plus spectaculaire : pour la première fois depuis quarante ans dans une enquête d’opinion, une force de la gauche fait jeu égal avec le PS, parti au pouvoir. Et à peine à quelques points de l’UMP (quatre points) et du FN (trois points). Sans compter les marges d’erreurs ! Autre question : pourquoi le passage du FN de 7% à 18% d’une élection européenne à l’autre est considéré comme une « percée » et pourquoi le passage du Front de Gauche de 7% à 15% n’est pas mentionné ? Réponse ? Le médium c’est le message. Les médias ne sont ni un miroir ni même une caisse enregistreuse. Ils sont la deuxième peau du système et leur fonction est de le protéger. Et d’abord protéger le PS qui est le parti qui fait la « sale besogne » à cette heure.

Revenons à ce que valent les sondages. Avec le chantage au danger Front National, les sondages sont l’autre assurance-vie du système politico-médiatique. Nous avons déjà édité une note et un livre sur le sujet. Nous savons que les chiffres sont manipulés dans l’opacité la plus totale. Mais il y a une exception. C’est précisément le sondage dont je parle ici. Ici le fournisseur anglais prend plus de risques que ses collègues français. En effet, il publie des données brutes sur l’échantillon de sondés en plus des données pondérées, c’est-à-dire trafiquées. Je note que les principaux instituts français ne le font jamais. Le sondage qui nous donne à 15% serait-il un peu plus sérieux que les autres ? Que reste-t-il des arguments des sondeurs français d’après lesquels les « coefficients correcteurs » et autres potions magiques seraient des « secrets professionnels ».

C’est le moment de revenir sur les méthodes de fabrication des sondages en France. Vous vous souvenez peut-être que le Sénat avait adopté à l’unanimité une proposition de loi sur le sujet. C’était le 14 février 2011. Il y a plus de deux ans et quatre mois. C’était une proposition de loi du sénateur UMP Hughes Portelli et du sénateur PS Jean-Pierre Sueur. Elle visait à « mieux garantir la sincérité du débat politique et électoral ». Depuis, ce texte traine sur le bureau de l’Assemblée nationale. La Commission des Lois de l’Assemblée l’a examinée le 1er juin 2011. Il y a plus de deux ans donc. Cette proposition PS-UMP n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, ni du temps de l’UMP ni depuis que le PS y a la majorité absolue. Et son examen ne fait pas partie des multiples projets de loi annoncés par le gouvernement Ayrault pour toiletter la Constitution ou garantir la « transparence de la vie publique« .

Il y en aurait pourtant bien besoin. La loi sur les sondages de 1977 renforcée en 2002 n’impose pas beaucoup de contraintes aux sondeurs et aux médias qui publient leurs sondages. Mais ceux-ci trouvent quand même le moyen de les violer en toute impunité ! Pourtant le non respect de ces obligations est puni d’une amende de 75 000 euros par le code électoral. Les innombrables violations constatées ne font curieusement l’objet d’aucune poursuite. Oui cela est très curieux. Très curieux. Pourquoi la très fumeuse Commission des sondages ne fait-elle pas son travail de contrôle ? Pourquoi le responsable de cette sinécure sans objet ne doit-il pas déclarer son patrimoine alors que les ministres et les parlementaires qui ont moins de pouvoir que lui y sont astreints ? Pourquoi les crédits de cette commission et les frais de ses postes de responsables ne sont-ils pas visés par les coupes budgétaires ? Curieux, vraiment ! Car ces gens ne font vraiment rien. Exemple. La loi oblige à mentionner « le droit de toute personne à consulter la notice » détaillée du sondage. Cette notice explique comment les résultats ont été obtenus. Cette règle est quasi-systématiquement violée ! La mention ne figure qu’exceptionnellement sur les sondages. La loi oblige aussi à faire figurer dans la fameuse notice « la proportion des personnes n’ayant pas répondu à chacune des questions« . Mais là encore cette information, décisive pour apprécier la validité d’un sondage et sa portée, est la plupart du temps absente des « notices », quand il y en a.

Pourquoi l’UMP ni le PS ne trouvent-ils le temps de faire voter une proposition de loi rédigée par des membres de leurs partis et approuvée par le Sénat ? Surtout que cette proposition avait fait grand bruit. Elle s’attaque frontalement aux manipulations des instituts de sondages et des médias qui les diffusent. En particulier, la proposition de loi prévoit d’obliger les sondeurs à publier leurs données brutes. Ces données brutes sont constituées des réponses spontanées des sondés. Comme on le sait, elles font ensuite l’objet de redressements et tripatouillages en tous genres pour arriver au résultat souhaité, soit par intérêt politique soit pour faire vendre du papier. C’est sûrement pour cela que la proposition de loi a été enterrée. Car les magouilles des sondeurs doivent rester secrètes. Sinon, leurs sondages ne vaudraient même plus l’encre et le papier nécessaires pour les imprimer. C’est déjà pour cela que les entreprises de sondages ne respectent pas la loi et ne font pas figurer la possibilité d’obtenir la « notice » ou ne donnent pas dans cette « notice » tous les éléments exigés par la loi. Cela les forcerait à expliquer leurs méthodes de « redressement » des résultats. Et on pourrait alors comprendre bien des bizarreries et aussi pourquoi les résultats sont si différents d’un sondage à l’autre, d’une entreprise de sondages à l’autre. Mais, bien sûr, rien de tout cela ne se fera tant que l’alternance officialiste continuera. Mentir et truquer est une nécessité du système et ses médias ont besoin qu’une partie de leur travail de décervelage soit pris en charge sous la forme de pseudo enquête aux apparences scientifiques.

Dimanche, ouf, le monde normal reprend. Trucage et enfumage comme mamelles communes du média de service. Ici c’est « Le Journal du dimanche ». Il s’agit d’un sondage pour le premier tour des municipales à Lyon, où l’on apprend qu’il y aurait « une liste de Gérard Colomb, du Front de Gauche et du PRG ». Premier bobard ! Il n’y aura pas de liste avec le Front de gauche au premier tour à Lyon car le Parti de Gauche, au moins, n’ira pas avec Colomb. Tout le monde le sait. Sauf peut-être le trafiquant de sondage qui pose la question sur une configuration qui n’existe pas ? Bien sûr que non ! Le truquage est volontaire. Mais il compte sur la stupidité du lecteur pour que celui-ci ne se rende compte de rien. Qu’on en juge. Le même génial sondeur passe à la question du deuxième tour. Mais cette fois-ci la liste de Colomb s’appelle « liste du parti socialiste du PRG et d’EELV ». Le Front de Gauche a disparu. Que cela serve de leçon aux amateurs d’une liste commune avec Colomb : au deuxième tour ils sont expulsés au profit des arrivants EELV qui auront fait une liste séparée au premier tour. Une liste séparée, comme le Parti de Gauche souhaite qu’il y en ait une.

De l’inflation comme remède à l’anémie

Il en est de certaines idées comme de l’eau sous terre. Elles avancent doucement mais imparablement. Sous la roche écrasante de l’idéologie libérale et monétariste, d’autres conceptions vont leur chemin. Elles finissent par toucher petit à petit des secteurs imprévus. Ainsi ce monsieur Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef au FMI qui enseigne actuellement à Harvard. Nous ferait-il une mélenchonite aigüe dans le journal « Les Echos » ? Voyez le titre de sa tribune : « Et si l’inflation était le meilleur antidote au poison de la récession ? » Mes lecteurs les plus attentifs que la chose économique ne rebute pas trop et qui supportent mes pesantes explications dans ce domaine savent que c’est là la thèse que j’essaie de mettre en débat. Je m’explique de nouveau avec l’espoir d’être assez efficace pour rendre service à ceux qui me lisent. Comment purger une dette quand on est un Etat ? Car ici, et pour l’instant je ne parle que de la dette de l’Etat. Plusieurs moyens se présentent. D’abord on peut penser arriver à rembourser la dette en améliorant ses recettes et en faisant des économies. C’est la méthode en vigueur aujourd’hui. Naturellement cette stratégie n’a aucune chance d’aboutir et maintenant tout le monde comprend pourquoi c’est l’inverse qui se produit. Je résume. Plus on fait de coupes budgétaires et plus l’activité se ralentit ; du coup les comptes publics se dégradent car les recettes fiscales baissent. Donc la dette augmente et ainsi de suite. Deuxième méthode : la banqueroute volontaire. Si la dette nécessite des coupes trop violentes, et qu’on ne voit pas de bout du tunnel possible, on peut décider de ne plus payer. C’est la banqueroute. Toute sorte de préteurs sont ruinés, certes, puis l’activité redémarre, car la vie continue et avec elle toutes les activités qui lui sont indispensables. Bien sûr les conséquences de ces ruines peuvent être dévastatrices du système tout entier. C’est néanmoins une option rationnelle. Surtout si la ruine se produit pour l’essentiel chez les autres comme ce serait le cas pour nous français qui sommes endettés « sur les marchés » c’est-à-dire à 80 % auprès d’agents financiers mondiaux. Cette option fonctionne car l’activité économique est un fait automatique : tous les jours il faut manger, aller venir, et ainsi de suite. La production et l’échange se recréent spontanément. Peu importe le temps pendant lequel se notent des pénuries. Elles finissent par disparaitre et le mouvement général après le désastre est que chaque jour la situation s’améliore alors que dans le cas où l’on persiste à vouloir rembourser, tout va plus mal chaque jour. La situation peut même être tout à fait brillante après une asphyxie. L’inconvénient de cette stratégie est dans la violence qu’elle engendre. Je ne pense pas tant au choc que toute la société reçoit par une certaine désorganisation qui s’observe. En effet la désorganisation commence bien avant ! D’ailleurs la lassitude des gens devant la pagaille est un des arguments qui permet de prendre la décision de spoliation des financiers. C’est pourquoi en Espagne et en Grèce il n’y a pas grand danger à passer à cette mesure compte tenu du chaos grandissant que provoque la politique d’ajustement structurel pour payer la dette. Ce qui est plus couteux c’est le climat politique qui en résulte. Car les financiers et les médias font alors des campagnes incessantes de déstabilisation et de sabotage. Les possédant craignent un pouvoir capable d’une telle audace et font tout pour le renverser. Les Etats-Unis organisent des complots et leurs marionnettes locales n’hésitent pas devant les plus basses besognes. C’est le scénario observé en Argentine et dans les autres pays de la transition post libérale en Amérique latine.

Entre la médecine de cheval de la troïka et la banqueroute volontaire, il y a une méthode plus progressive pour liquider la dette de façon plus suave. C’est l’inflation. Avec un joli petit pourcentage d’inflation, petit à petit le stock de dette se dévalorise puisqu’il est établi dans une monnaie qui fond. L’inflation a aussi des inconvénients, cela va de soi. Son avantage est dans sa cause : l’injection de monnaie dans le circuit économique qui le revitalise et relance l’activité. La relance de l’activité peut être orientée cela va de soi. Il ne s’agit pas de prolonger la stupide politique de l’offre. D’abord on gèle la dette dans les coffres de la BCE puisqu’elle l’aura rachetée. Les comptes sont donc remis à zéro. Et on emprunte de nouveau, cette fois ci sur le marché intérieur. Les français stockent en effet l’équivalent d’un budget annuel de l’état sur leurs comptes épargne. Evidemment cette capacité ne se mobilisera que sur des projets connus et approuvés par les préteurs. C’est là que le plan de conversion énergétique par exemple trouve toute sa force. Et d’une façon générale le projet d’économie de la mer. A partir de cette courroie d’entraînement, toute l’activité redémarre. L’autre avantage de l’inflation provoquée est la stimulation des luttes de classes que cela déclenche. Les salaires aussi fondent et les salariés sont donc conduits à revendiquer ce qu’ils font d’autant plus facilement que la menace sur leur emploi recule du fait de la relance de l’activité. J’ai essayé de nombreuse fois de lancer cette hypothèse pour montrer qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible, y compris du point de vue des normes de gens qui ne partagent pas du tout notre vision. Mes efforts n’ont pas abouti à ce jour. Chacun se souvient de la pauvreté des obsessions qui occupèrent mon échange avec monsieur Lenglet par exemple. Mais je crois que la propagation de climats insurrectionnels en Grèce et en Espagne va ouvrir des brèches…. « Comparée aux risques politiques sociaux et économiques que poserait la permanence d’une croissance lente après une crise financière telle qu’il n’en arrive qu’une fois par siècle la montée durable d’une inflation modérée n’est pas quelque chose à craindre, dit l’ancien économiste en chef du FMI ! Au contraire dans la plupart des régions elle devrait être adoptée »… C’est lui qui le dit !

Les USA par la porte arrière

On se souvient que François Hollande a ouvert son quinquennat en acceptant le principe du bouclier antimissile voulu par les nord-américains, rompant avec la doctrine française strictement dissuasive. Le Président a endossé la doctrine conçue par l’OTAN. Ce programme enferme chaque pays européen dans des capacités parcellaires, en sorte que seule l’OTAN, en tant que centre de commandement, disposera de capacités globales. Pire, au prétexte d’ »inter-opérabilité » dans l’alliance atlantique, la nouvelle doctrine programme la mainmise de l’industrie de défense étasunienne sur ce qu’il reste d’indépendant en Europe dans ce secteur.

Un nouvel élément vient renforcer mes inquiétudes. Le 17 avril 2013, Le Canard enchaîné révélait que la Direction Interarmées des Réseaux d’Infrastructures et des Systèmes d’Information (DIRISI) et Microsoft Irlande étaient sur le point de reconduire pour quatre ans un accord cadre datant de 2009. Elle porte sur le maintien en condition opérationnelle des systèmes informatiques du ministère de la Défense. Pourtant, selon l’hebdomadaire, dès 2008, le rapport d’un groupe de travail de la Direction Générale des Systèmes d’Information et de Communication (DGSIC) du ministère de la Défense évoquait le risque d’une « perte de souveraineté nationale » vis-à-vis des Etats-Unis. Le rapport dit ouvertement que la NSA « introduit systématiquement des portes dérobées (back door) » dans les logiciels exportés.

Le contexte doit également nous inciter à l’extrême prudence. On doit se souvenir du récent scandale lié au Prism ! Ce programme nord-américain de surveillance électronique permet à la NSA de collecter des données d’étrangers. Notamment européens. Cette histoire allonge la longue liste des révélations sur l’espionnage des Etatsuniens en Europe. En 2000, la Commission européenne se disait ainsi « préoccupée » par les activités du réseau d’écoute mondial Echelon. Mais en 2010, elle a accepté que les Etats-Unis surveillent Swift, société basée en Belgique qui sécurise, au niveau mondial, les flux financiers entre les banques.

Alors qu’il avait pris l’engagement à faire de la cyber défense une priorité, François Hollande, Chef des armées a-t-il laissé le ministère de la Défense, dans des conditions particulièrement opaques, renouveler le contrat qui le lie à Microsoft Irlande ? Reste que les services de renseignement étasuniens ont bien la possibilité de s’introduire au cœur de notre sécurité nationale.